Le LMD à la fac

Les universités organisent elles-mêmes, sur des bases communes, leur propre réforme. Une liberté qui leur permet d'innover, tout en appliquant les grands principes du LMD.

Clarifier le système français
Une dénomination générale " sciences et technologie " a été adoptée dans de nombreuses universités. Le rassemblement des licences et masters sous un même " domaine " vise à clarifier le système français et à le rendre plus lisible à l'international. L'université de Lille 1, qui appliquera la réforme à la rentrée 2004, envisage de regrouper ses 83 troisièmes cycles actuels (56 DESS, 27 DEA) en une dizaine de masters, déclinés en spécialités. L'université de Poitiers délivrera quant à elle une seule licence sciences et technologie avec neuf mentions, par exemple traitement de l'information et système ou géosciences. Cependant, toutes les universités n'ont pas encore fait ce choix, comme Toulouse 3, qui propose encore huit intitulés de licences scientifiques. Les universités scientifiques généralisent également l'apprentissage des langues et la maîtrise des outils informatiques, nécessaires aujourd'hui dans tous les corps de métiers.
Les universités vont développer les formations suivant leurs compétences de recherche. Ainsi, pour les masters, l'adossement à la recherche est désormais un critère déterminant pour l'habilitation nationale, plus que pour les DESS et DEA. Les nouveaux diplômes doivent reposer sur des équipes de formation solides et s'appuyer sur les compétences scientifiques attestées de leurs membres. L'université de Perpignan développe ainsi des masters en adéquation avec les domaines de recherche développés dans ses laboratoires, en énergies nouvelles, matériaux avancés ; environnements méditerranéens et développement durable ; informatique, automatique, mathématiques appliquées ; phytoressources.

Formations " à la carte "
Des parcours types de formation sont élaborés, sous la forme d'ensembles cohérents d'unités d'enseignement, construits par les équipes de formation. Par exemple, le cursus licence en sciences et technologies à l'université de Lyon 1 propose dix mentions, chacune accessible via plusieurs parcours types. La mention sciences pour l'ingénieur offre cinq parcours types, dont mécanique et génie biologique et médical. Les parcours sont composés d'enseignements obligatoires, optionnels ou libres, qui doivent assurer une spécialisation progressive et intégrer des approches pluridisciplinaires. Par exemple, l'étudiant peut s'orienter petit à petit vers une spécialité chimie dans le cas de la licence en chimie-physique-sciences pour l'ingénieur de l'université de Lyon 1.
En fin de deuxième année, l'étudiant peut également s'orienter vers une licence professionnelle qui correspond à son parcours - dans le domaine des sciences et technologie, l'université de Saint-Étienne propose cinq licences professionnelles qui correspondent à huit licences. L'objectif est de permettre à l'étudiant de se construire, progressivement, un ensemble de compétences adaptées à son projet professionnel. L'élaboration de la carte de formation demande un investissement important de l'université, et pour évaluer l'offre au cas par cas, mieux vaut visiter les sites Internet des universités passées au LMD.

Suivi des étudiants
Pour permettre aux étudiants d'effectuer un parcours plus personnalisé, les universités doivent créer un système de tutorat. Cependant, il ne faut pas s'attendre à un suivi individuel et permanent : les universités manquent de personnels et de moyens financiers pour mettre en place une telle organisation. Celle de Valenciennes a ainsi mis en place des équipes pédagogiques référentes, mais seulement pour suivre les étudiants en difficulté. À Lyon 3, chaque étudiant a un enseignant référent, appelé " directeur des études ". Ce dernier suit 100 étudiants tout au long de leur cursus : il les reçoit lors de permanences et peut les conseiller après les partiels sur les orientations adéquates, suivant leurs résultats.

Pluridisciplinarité
Les facs de sciences tentent de développer des parcours bidisciplinaires et pluridisciplinaires. L'université de Lyon 1 proposera ainsi dès 2004 une nouvelle filière mathématiques et informatique du vivant, qui se prolongera tout au long du parcours universitaire, de la licence jusqu'au master professionnel et au master recherche. Les étudiants en maths, en informatique ou en biologie seront ainsi formés pour devenir des professionnels et des chercheurs au profil plus large, capables d'analyser des données biologiques grâce aux outils informatiques. L'université Joseph-Fourier-Grenoble 1 propose en sciences et technologies des licences monodisciplinaires (comme la licence d'informatique, spécialité technologies des applications Internet), pluridisciplinaires (licence physique et maths) ou avec une approche thématique (l'eau et les problèmes environnementaux).

Réhabiliter les sciences
Les filières scientifiques se saisissent du LMD pour lutter contre la désaffection des étudiants pour les sciences. Par exemple, l'université de Grenoble 1 a élaboré un nouveau module " réenchanter la science ", expérimental et pluridisciplinaire, qui vise à limiter l'abandon des étudiants lors des premiers mois de cours, qui touche 20 % des inscrits en première année. Cette innovation a pour but de réduire l'échec des premiers cycles, considéré comme l'un des fléaux de l'Université. À Valenciennes, cet objectif est atteint autrement : les cursus licence ont été réaménagés de manière à diminuer la difficulté des premiers semestres de cours, puis de l'augmenter graduellement jusqu'à l'obtention de la licence. Si les résultats de ce genre d'initiatives ne peuvent pas être évalués après seulement un an de mise en ?uvre, il semblerait qu'elles portent leurs fruits - le taux d'abandon à Valenciennes et à Grenoble 1 ayant baissé de plus de 10%.

Contrôle continu et rattrapage
La loi est claire : l'étudiant a le droit à deux sessions de contrôle des connaissances par an, et l'intervalle entre ces deux sessions ne peut être inférieur à deux mois. Cependant, les modalités de validation des connaissances évoluent : les unités d'enseignement (UE) pour lesquelles la moyenne est acquise valent chacune un certain nombre de crédits. Un diplôme s'obtient soit par l'acquisition de chaque UE, soit par compensation des UE d'un même semestre (sur la base de la moyenne générale des notes obtenues dans les UE, pondérées par leurs coefficients). Avec le LMD, un étudiant pourra poursuivre ses études dans un nouveau semestre s'il lui manque au maximum la validation d'un seul semestre de son cursus. Là encore, la mesure entend limiter l'échec. Dans ce but, pour le cursus licence à Lyon 1, le contrôle continu est généralisé, puis une deuxième session dite " de remplacement " (rattrapage) est organisée. La meilleure des deux notes est retenue.

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